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Rock, pop & metal

David Bowie

David Bowie
David Bowie sur la scène de l’Auditorium Stravinski, le 18 juillet 2002. © Lionel Flusin.

David Bowie (1947-2016) fut, avant Queen, l’un des premiers grands noms du rock à s’installer sur la Riviera. Fuyant les tourments et le fisc, il emménagea en 1976 au Clos des Mésanges, un chalet des hauteurs de Blonay, qui resta sa résidence principale jusqu’en 1982. Il y éleva son fils, s’adonna à la peinture et trouva dans le calme lémanique un contrepoint à sa vie berlinoise. Fidèle du Mountain Studios de Montreux, il y enregistra de « Lodger » (1979) à « Black Tie White Noise » (1993, coproduit par Nile Rodgers), en passant par l’improvisation d’« Under Pressure » avec Queen en 1981. Son lien avec la ville et son festival ne se démentit jamais.

David Bowie sur la Riviera : six ans à Blonay, vingt ans au Mountain Studios

Venir se refaire une santé

La décision tient à des raisons très concrètes. À 29 ans, ses finances sont en ruine. Sa première épouse, Angela Bowie, raconte dans « Backstage Passes: Life on the Wild Side with David Bowie » qu’un impôt lourd l’attendait s’il restait en Californie : l’argent avait été dépensé, la note allait tomber. Rentrer en Angleterre, où la fiscalité était encore plus lourde, était exclu.

Restait la Suisse. Angela y avait été scolarisée, à l’institut St. George’s ; elle s’y rend, et obtient avec l’aide d’un avocat une résidence dans la commune de Blonay. Elle décrit le village comme « a charming village above Lake Geneva near Montreux in the French-speaking part of the country », et la maison qu’elle y trouve comme « a commodious cuckoo-clock of a house très Swiss » : une vaste maison-coucou, très suisse.

Quand David Bowie s’installe au Clos des Mésanges, un chalet des hauteurs de Blonay, en 1976, ce n’est pas un caprice de star. Il sort des années américaines, épuisé, dépendant à la cocaïne, poursuivi par la presse. La Riviera lui offre exactement ce qu’il cherche : le silence, la distance, et une vie ordinaire.

L’entrée du Clos des Mésanges, à Blonay.
L’entrée du Clos des Mésanges, à Blonay.

Les récits divergent sur la première commune. Angela Bowie situe l’installation à Blonay, où elle avait trouvé la maison. Son ami genevois Sandro Sursock et le photographe Philippe Auliac, cités dans le documentaire « David Bowie’s Secret Friend », disent qu’il vécut successivement à Corsier-sur-Vevey, à Blonay, puis à Lausanne (watson).

Il y vit avec sa femme Angela et leur fils Zowie, le futur cinéaste Duncan Jones. Le chalet se trouve à six kilomètres du Mountain Studios : la distance est assez courte pour travailler, assez longue pour rentrer chez soi. Il peint beaucoup pendant ces années.

Au lendemain de son arrivée, sur les conseils de son agent, il pousse la porte des bureaux de Claude Nobs. « Mon nom est David Bowie, on m’a dit que tu pouvais m’aider. » Il cherchait une maison, un avocat, une banque, une école, un médecin. Nobs lui donne des adresses. C’est le début d’une longue amitié (Le Temps).

Claude Nobs, l’ami d’une fois par semaine

Thierry Amsallem, compagnon de Claude Nobs, a décrit ce lien : « Ils se voyaient au moins une fois par semaine et ne parlaient pas beaucoup. Ils partageaient une véritable complicité, possible grâce à leur grande sensibilité. C’était comme si des ondes les reliaient, ils se comprenaient tout de suite. Tous les deux étaient des gentlemen. Et les gentlemen se repèrent entre eux. »

Sa première impression, lui, fut la stupéfaction : « L’homme semblait flotter, vivre dans les airs. Il était complètement décalé avec le monde réel. Je n’avais jamais vu une telle aura. Seul Miles Davis, peut-être, partageait sa grandeur aux yeux de Claude. »

David Bowie avec la trompette de Miles Davis, au chalet de Claude Nobs, à Caux.
David Bowie avec la trompette de Miles Davis, au chalet de Claude Nobs, à Caux.© Claude Nobs Foundation

Une règle tenait pourtant : tant qu’il vécut en Suisse, Bowie n’y donna pas de concert. « Par contre, on le retrouvait dans le public du Montreux Jazz », se souvient Mathieu Jaton, l’actuel directeur du festival (Le Temps).

À la mort de Nobs, en janvier 2013, Bowie lui écrivit une lettre pour le remercier de son amitié : « À mon ami Claude… » Il s’est éteint lui-même un 10 janvier, trois ans jour pour jour après lui. Ce soir-là, les amis du fondateur du festival étaient réunis en mémoire de la date. « Ils sont en train de se retrouver là-haut », sourit Thierry Amsallem : « ils partagent une assiette de champignons… » (Le Temps)

De Blonay au Château du Signal

Angela et David divorcent en 1980. Il garde pourtant la maison de Blonay comme résidence principale jusqu’en 1982 et y vit avec son fils Zowie, aujourd’hui le cinéaste Duncan Jones, qui fréquente la Commonwealth-American School, à Pully, devenue l’International School of Lausanne, au Mont-sur-Lausanne.

En 1982, la maison de Blonay est vendue. Le père et le fils s’installent dans une demeure plus vaste, le Château du Signal, en lisière de la forêt de Sauvabelin, au-dessus de Lausanne.

Le Château du Signal en 1997, à l’époque où Bowie le remet en vente. La bâtisse fut construite vers 1900 pour un prince russe, puis appartint de 1932 à 1982 à Albert Mermoud, fondateur de la Guilde du Livre.
Le Château du Signal en 1997, à l’époque où Bowie le remet en vente. La bâtisse fut construite vers 1900 pour un prince russe, puis appartint de 1932 à 1982 à Albert Mermoud, fondateur de la Guilde du Livre.

Le Château du Signal comptait quatorze pièces. Il y vivait avec son fils et son assistante Corinne Schwab. « Une femme atroce », rit Pierre Keller : « avec elle il n’avait pas besoin de garde du corps, elle le suivait partout ! »

Toujours coiffé d’un chapeau, il sortait acheter ses vinyles en ville. Les Lausannois s’en souviennent : ils le croisaient chez Globus, à la boucherie, ou partageaient son garagiste. Il quittera la Suisse en 1997, avec Iman, pour New York et Londres : vingt ans après y être arrivé (Le Temps).

Le Mountain Studios, de « Lodger » à « Black Tie White Noise »

C’est au Mountain Studios que Bowie enregistre « Lodger » (1979), le troisième volet de sa trilogie berlinoise avec Brian Eno, un disque conçu à Berlin mais mis en boîte au bord du Léman.

L’été 1981, une session improvisée avec Queen, qui possède alors le studio, donne naissance à « Under Pressure ». Le morceau naît d’un jam : personne n’était venu pour écrire un tube.

Bowie ne l’a chanté sur scène qu’une fois : le 20 avril 1992, au concert hommage à Freddie Mercury de Wembley, en duo avec Annie Lennox.

Il reviendra en 1993 pour « Black Tie White Noise », coproduit avec Nile Rodgers. Sur près de quinze ans, le studio de Montreux aura accompagné trois moments très différents de sa carrière.

« Under Pressure », né d’une soirée

L’été 1981, Queen travaille au Mountain Studios, que le groupe a racheté deux ans plus tôt. David Bowie, qui vit alors sur la Riviera, passe au studio. Ce qui devait être une visite tourne en séance de travail : de ce jam sort « Under Pressure ».

Le morceau paraît en single le 26 octobre 1981 et se hisse en tête des ventes britanniques. Il figurera sur « Hot Space » (1982) et, du côté de Queen, restera l’un des deux seuls titres officiellement co-signés avec un artiste extérieur au groupe.

Sa ligne de basse, jouée par John Deacon, est l’une des plus reconnaissables du rock. Elle a été enregistrée à Montreux.

« Under Pressure » par Queen en concert, au Forum de Montréal, en novembre 1981.

La nuit du blues où il découvre Stevie Ray Vaughan

Le 17 juillet 1982, le Montreux Jazz Festival programme pour sa nuit du blues un groupe texan que personne ne connaît hors du Texas : Stevie Ray Vaughan et Double Trouble. C’est Jerry Wexler qui les avait recommandés à Claude Nobs, décrivant le guitariste comme « un joyau, une de ces raretés qui n’arrivent qu’une fois dans une vie ».

Le concert est incandescent, et pourtant des sifflets montent du public. Vaughan, alors sans contrat, en sort blessé.

Mais un spectateur avait tout entendu. David Bowie, sidéré, dira n’avoir rien vu de tel depuis Jeff Beck jouant le blues dans les années 1960. Les deux hommes parlent longuement musique ce soir-là, et surtout du blues texan et de ses racines. Vaughan est frappé par la sincérité de cet intérêt.

Quelques mois plus tard, il enregistre les parties de guitare de « Let’s Dance ». « David Bowie est vraiment facile à vivre en studio, dira-t-il. Il sait ce qu’il fait et ne tourne pas autour du pot. La plupart du temps, David faisait les voix et ensuite je jouais mes parties. Souvent, il voulait juste que je me lâche. Presque tout a été enregistré en une ou deux prises. »

Il devait aussi participer à la tournée Serious Moonlight, mais fut écarté à moins d’une semaine du départ et remplacé au pied levé par Earl Slick. Sa trajectoire était lancée : à la sortie de l’album, Double Trouble avait signé chez Epic, et Vaughan allait devenir la plus grande figure du blues des années 1980 (davidbowie.com).

« Let’s Dance », dont la maquette est née à Montreux

À la fin de 1982, Nile Rodgers vient chez lui, en Suisse, écouter les chansons du disque à venir. Enthousiasmé par ce qu’il entend, il propose d’enregistrer des maquettes sans attendre.

Restait à trouver des musiciens. Les deux hommes n’ont pas de groupe sous la main : ils demandent à Claude Nobs s’il connaît des instrumentistes de la région. C’est ainsi que le bassiste d’origine turque Erdal Kızılçay est recruté, avec un batteur et un second guitariste dont les noms ne sont pas connus. Kızılçay travaillera longtemps avec Bowie par la suite, sur « Labyrinth », « The Buddha of Suburbia » et « 1. Outside ».

Les 19 et 20 décembre 1982, cette formation de fortune entre au Mountain Studios de Montreux, David Richards à la console : l’ingénieur du son de « Heroes », d’« Under Pressure » et, plus tard, de « 1. Outside ». Dès le premier jour, ils enregistrent une maquette de « Let’s Dance », dépouillée et funky.

Cette maquette est restée inédite trente-cinq ans, jusqu’à ce que Nile Rodgers et Russell Graham la mixent pour la première fois à Westport, dans le Connecticut. C’est peu de dire que le titre a changé de visage entre-temps : il deviendra le plus grand succès commercial de sa carrière (davidbowie.com).

Interrogé par l’émission australienne Countdown peu avant la sortie de l’album, en 1983, Bowie disait d’ailleurs penser avoir écrit le morceau alors qu’il se trouvait en Suisse.

Ce que le morceau est devenu, Bowie l’attribuait à son producteur : « Franchement, la chanson “Let’s Dance” n’était au départ rien de plus qu’un titre parmi d’autres sur l’album. C’est Nile Rodgers qui l’a prise et l’a structurée de telle manière qu’elle a eu un attrait commercial incroyable. »

Rodgers, lui, a raconté à la BBC sa première écoute : Bowie la lui joue à la guitare acoustique, et elle est « très proche d’une sorte de chanson folk… Je trouvais ça vraiment bizarre, mais il était convaincu que ça pouvait être un tube, et j’ai continué à travailler dessus. » Il lui ajoutera l’intro vocale montante, empruntée sans détour au « Twist and Shout » des Beatles, et une ligne de basse tout droit sortie de Chic, cousine de celle de « Good Times », plus la cassure où les instruments se retirent un à un avant que tout revienne.

Un mariage de Lausannois ordinaires

Le 24 avril 1992, David Bowie épouse le mannequin somalien Iman Mohamed Abdulmajid à l’Hôtel de Ville de Lausanne, sur la Place de la Palud, comme des Lausannois ordinaires. La presse ne l’apprendra que dix jours plus tard.

Michel Perret, l’officier d’état civil qui célébra la cérémonie, l’a racontée dans 24 heures : « L’ambassade de Suisse à Londres m’adresse un dossier duquel il ressort qu’un certain David Jones a fait les formalités pour se marier à Lausanne. À côté de son nom, il est inscrit “Bowie”, et sous profession, “chanteur”. Plutôt amateur de musique classique, je n’avais jamais entendu parler de Ziggy Stardust. »

Inquiet de ce qu’il allait voir arriver sur la place, il alla écouter des disques chez les disquaires du coin, puis regarda à la télévision le concert hommage à Freddie Mercury donné à Wembley, où Bowie chantait. Cela le rassura. Le jour dit, le marié arriva seul place de la Louve, en complet foncé, chemise blanche et cravate ; la mariée descendit la rue de la Mercerie avec ses deux témoins.

À la demande des époux, aucun autre mariage n’avait été fixé ni avant ni après. Ils étaient six dans la salle : les mariés, les deux témoins, une interprète et l’officier d’état civil, la cérémonie se tenant en anglais.

Celui qui les a mariés s’appelle Michel Perret. Officier d’état civil de Lausanne, il a uni treize mille couples dans sa carrière ; il n’était pas un fan. Les papiers lui étaient parvenus par l’ambassade de Suisse à Londres, où le chanteur vivait alors, puis un avocat lausannois l’avait contacté. L’annonce de mariage fut affichée au pilier public sous le nom de naissance : David Jones.

Sa seule inquiétude était vestimentaire. « J’avais deux inquiétudes : quelle serait la tenue de M. Bowie, et s’il venait vêtu comme je l’avais vu en photos, oserais-je lui dire que je ne pouvais pas le marier ainsi ? »

David Bowie et Iman à leur arrivée à l’Hôtel de Ville de Lausanne, le 24 avril 1992 : l’image que le photographe d’agence est parvenu à saisir.
David Bowie et Iman à leur arrivée à l’Hôtel de Ville de Lausanne, le 24 avril 1992 : l’image que le photographe d’agence est parvenu à saisir.© BCU

L’exigence du marié, elle, tenait en un mot : discrétion. Aucun paparazzi. L’officier bloqua une heure les autres cérémonies pour que le couple n’en croise aucun autre. La salle ne fut pas décorée : il y avait les fleurs de la commune.

« Les fiancés sont arrivés et sont repartis séparément, accompagnés de leurs seuls témoins, pas des stars à mon souvenir. Passé par une rue, M. Bowie portait un costume classique, complet sombre, cravate. J’étais rassuré. Sa future épouse est arrivée par une autre rue, tout aussi discrètement, vêtue d’un tailleur blanc cassé ou beige. »

La cérémonie dura vingt minutes, avec un interprète. Perret s’était beaucoup renseigné sur lui et improvisa un discours. Personne ne prit de photo dans la salle. Iman l’embrassa sur la joue en partant. Il remit au couple un livret de famille et un acte de mariage.

Le secret ne tint pas. Un photographe d’une agence lausannoise avait eu vent de l’affaire et saisit fugacement les mariés à leur arrivée à l’Hôtel de Ville de la Palud ; l’agence américaine Associated Press diffusa très vite l’information, à la grande colère de Bowie, qui avait conclu un accord pour la diffusion d’un mariage plus spectaculaire à Moustique, aux Caraïbes (20 minutes).

Le skieur

Bowie skiait. C’est même l’une des rares choses pour lesquelles on le repérait pendant ses années suisses : 24 heures rappelle qu’on le croisait « de temps en temps au marché le samedi matin ou sur les pistes de ski de Gstaad ».

Gstaad est au bout de la ligne panoramique qui part de Montreux : une heure et demie de train à travers le Pays-d’Enhaut. Au début du mois de janvier 1993, il passe quelques jours à Gstaad avec son épouse Iman. Onze ans plus tôt, en 1982, d’autres photographies le montraient déjà sur les pistes, mais dans les Alpes italiennes, sur le versant qui fait face à Zermatt. Claude Nobs était du voyage : c’est pour cette raison que ces images sont conservées par sa fondation. L’une d’elles est légendée « David Bowie and Coco Schwab enjoying skiing together in Italy ».

L’Art brut, découvert à Lausanne

La Suisse ne lui a pas seulement donné le calme. Elle lui a fait découvrir l’Art brut, cette collection d’œuvres d’auteurs sans formation ni marché, réunie par Jean Dubuffet et installée à Lausanne, à la Collection de l’Art Brut.

Il le disait lui-même : « La Suisse m’a aussi permis de découvrir l’Art Brut, cela a eu un impact très fort sur ma vie, sur ma création. Je me rappelle avoir amené Brian Eno au musée lausannois et y avoir passé des heures à admirer les œuvres, à réfléchir au processus de création et aux frontières qu’un artiste est prêt à franchir dans sa quête… » (L’Hebdo, 6 juin 2002)

Bowie journaliste, chez Balthus à Rossinière

Bowie était un homme d’art autant que de musique : collectionneur, peintre lui-même, et cofondateur de la revue « Modern Painters ». En 1994, il s’en sert pour aller interviewer Balthus dans son Grand Chalet de Rossinière, à une heure de Montreux par la même ligne que Gstaad. 24 heures note qu’il y joue au journaliste, auprès du « dernier peintre de légende ».

David Bowie et Balthus.
David Bowie et Balthus.

Le texte qu’il en tire vaut d’être lu. Attablé avec le peintre et son épouse Setsuko, il rapporte ceci : « Balthus repose son couteau et sa fourchette et, le regard fixé sur un point lointain, dit doucement : “Je me suis réveillé très tôt ce matin. Je suis allé à mon atelier et je me suis mis au travail. Cela ne venait pas… et j’ai regardé ma peinture, puis les petites choses autour de moi, et j’ai ressenti un immense sentiment de saisissement.” » Sa voix s’éteint, poursuit Bowie, laissant « une traînée brumeuse de souvenirs, de gloires et peut-être de déceptions. Enfermés dans le silence, nous restons assis tous les trois, Balthus, Setsuko et moi. La tragédie et le chaos du XXe siècle défilent dans la mémoire de son dernier peintre de légende. »

L’année suivante, il dessine de sa main l’affiche du Montreux Jazz Festival pour son ami Claude Nobs.

L’affiche de 1995, dessinée de sa main

En 1995, Claude Nobs confie l’affiche officielle de la 29e édition du festival à son ami David Bowie. Le musicien, peintre et plasticien de formation, la compose entièrement sur un ordinateur Apple.

Le résultat n’a rien d’une affiche de concert. Bowie construit son image autour du cinquantième anniversaire d’Hiroshima : on y trouve le graphisme dépouillé d’une bombe qui tombe, un « M » évoquant la puissance, et la silhouette énigmatique de « Ramona A. Stone », personnage qu’il développe alors dans plusieurs de ses projets.

L’affiche est sérigraphiée sur papier au format 100 × 70 cm par le maître imprimeur bernois Albin Uldry, et éditée à la fois en version courante et en tirage numéroté de 250 exemplaires signés à la main.

L’affiche officielle de la 29e édition du Montreux Jazz Festival, composée par David Bowie sur son Macintosh.
L’affiche officielle de la 29e édition du Montreux Jazz Festival, composée par David Bowie sur son Macintosh.

« Low » en entier, au Stravinski

Vingt ans après avoir quitté Blonay, Bowie revient à Montreux, cette fois sur scène. Le 18 juillet 2002, il donne à l’Auditorium Stravinski le concert qui clôt la partie européenne de sa tournée « Heathen ».

La soirée est inhabituelle à deux titres. Malgré une chaleur écrasante, il joue plus longtemps que de coutume, et surtout il donne deux sets : le premier parcourt sa carrière, de « Life on Mars? » à « Heroes » ; le second est consacré presque intégralement à « Low », l’album de 1977, joué dans le désordre et amputé du seul « Weeping Wall ».

Le choix résonne particulièrement ici. « Low » ouvrait la trilogie berlinoise, dont il était venu enregistrer le troisième volet, « Lodger », au Mountain Studios de Montreux. Il refermait donc ce cycle dans la ville où il l’avait achevé, un quart de siècle plus tôt.

En tout, il aura joué trente et un titres ce soir-là.

Le double vinyle tiré de la captation radio du concert, publié sous le titre « Montreux Jazz Festival, 2002 Broadcast ».
Le double vinyle tiré de la captation radio du concert, publié sous le titre « Montreux Jazz Festival, 2002 Broadcast ».

Deux souvenirs : des chanterelles, et une gravure

La veille de son unique concert à Montreux, Bowie demanda des chanterelles à Claude Nobs. Le chef Frédy Girardet s’en souvient : « Difficile de trouver ce genre de champignons en juillet, mais c’est ce que David Bowie a demandé à Nobs ! J’ai cuisiné, nous avons partagé une soirée mémorable au chalet de Caux. Le lendemain, sur scène, il a parlé au public de son mémorable repas aux chanterelles ! »

Pierre Keller, lui, l’avait entraîné vers la gravure : « Nous avons été présentés l’un à l’autre par Claude Nobs et sommes devenus de très bons amis. C’était un homme au regard bicolore, au rire sarcastique et à la voix qui semblait venir de l’au-delà. Nous parlions art, il possédait une culture incroyable. Je lui ai demandé de s’essayer à la gravure pour une expo que j’organisais au Gymnase du Bugnon. Lors de son passage, des étudiantes ont subtilisé la tasse de café dans laquelle il avait bu. » (Le Temps)

« David Bowie’s Secret Friend », le témoignage de Sandro Sursock

Dix ans après la mort du chanteur, un documentaire de Benjamin Kraatz donne la parole à Sandro Sursock, un ami genevois qui n’avait jamais cherché à tirer profit de cette proximité et s’était tu pendant des décennies. Lui en plaisante : « On peut parler de prescription maintenant. »

Le film rassemble des photographies privées et des épisodes restés inconnus. Un matin, Bowie téléphone à Sursock pour lui rappeler que c’est l’anniversaire de son fils, et lui demande de venir avec lui au Mountain Studios, à Montreux, où il travaille alors sur un album : il veut y préparer un cadeau. Ce jour-là, dans le studio, il dessine le portrait de l’enfant.

Le portrait du fils de Sandro Sursock, dessiné par David Bowie au Mountain Studios le jour de l’anniversaire du garçon.
Le portrait du fils de Sandro Sursock, dessiné par David Bowie au Mountain Studios le jour de l’anniversaire du garçon.© Kim Sursock

On y apprend aussi qu’il accepta, à la demande de Sursock, de se rendre à une fête privée à Gstaad, parmi des convives qu’il ne connaissait pas. C’est le fil du témoignage : durant ses années romandes, Bowie se déplaçait avec une liberté devenue impossible ailleurs, parce que ses proches ne le traitaient pas en célébrité et que la discrétion locale faisait le reste.

Sursock raconte moins l’artiste que sa manière d’être : la curiosité, l’humour, une classe très anglaise, et la capacité de rejoindre un groupe sans chercher à en devenir le centre. Une amitié où, dit-il, on finissait par oublier que David Bowie était David Bowie.

Le réalisateur a lui-même une histoire avec lui : à treize ans, Benjamin Kraatz s’était introduit sans autorisation dans sa propriété de Sauvabelin, avant d’être poliment mais fermement raccompagné vers la sortie par la gouvernante. Quarante ans plus tard, il lui consacre son premier documentaire, présenté en première mondiale au Montreux Jazz Festival en juillet 2026 (watson).

Le film avance aussi un épisode plus intime : selon le témoignage de Sandro Sursock, Bowie aurait suivi en secret, à Morges, une thérapie destinée à traiter sa dépendance à l’alcool. L’information vient de lui seul, et il l’exprime au conditionnel.

Lieux rattachés

  • Buste de David RichardsBusteOuvrir le lieu →
    Buste de David Richards
    © mymontreux.ch

    Le producteur du Mountain Studios (Queen, Bowie), honoré à l'extérieur du Casino.

  • Queen: The Studio ExperienceExpositionOuvrir le lieu →
    Queen: The Studio Experience
    © Visit Montreux

    L'exposition gratuite dans les vrais Mountain Studios, où Queen enregistra sept albums entre 1978 et 1995.

  • Funky Claude's BarLieu avec objetsOuvrir le lieu →
    Funky Claude's Bar
    © Reisememo.ch, CC BY

    L'ancien Harry's Bar, repaire des stars et des jam-sessions du festival, rebaptisé en hommage à Claude Nobs.

  • Chalets de Claude NobsRésidence privéeOuvrir le lieu →
    Chalets de Claude Nobs
    © Simon Lepêtre

    Les chalets mythiques du fondateur du festival à Caux, où il recevait les plus grandes stars de la musique.

  • Clos des Mésanges (chalet de David Bowie)Résidence privéeOuvrir le lieu →
    Clos des Mésanges (chalet de David Bowie)

    Le chalet des hauteurs de Blonay où Bowie s'installa en 1976, sa résidence principale jusqu'en 1982.

  • Le MuseumRestaurant historiqueOuvrir le lieu →
    Le Museum

    Fondé en 1965 par Claude Nobs, l'ancien haut lieu des nuits montreusiennes est aujourd'hui un restaurant traditionnel.

  • Montreux Jazz FestivalFestival / centre de congrès 2M2COuvrir le lieu →
    Montreux Jazz Festival
    © Visit Montreux

    Le cœur du festival depuis 1993 : sous un même toit, l’Auditorium Stravinski et les salles qui accueillent chaque été la moitié de l’histoire de la musique.

  • GstaadStation de montagneOuvrir le lieu →
    Gstaad
    © Gstaad Palace

    La station de l’Oberland bernois, au bout de la ligne panoramique du MOB au départ de Montreux, où Michael Jackson venait se mettre à l’abri.

  • La RouvenazRestaurantOuvrir le lieu →
    La Rouvenaz

    Le restaurant italien où Queen dînait et où Freddie Mercury avait sa table, la 19.

  • Le Grand Chalet de RossinièreDemeureOuvrir le lieu →
    Le Grand Chalet de Rossinière
    © Patrick Martin

    La maison de Balthus, au bout de la ligne panoramique, où David Bowie vint l’interviewer.

  • Gymnase du BugnonÉcoleOuvrir le lieu →
    Gymnase du Bugnon
    © Jacques Straesslé

    Le gymnase lausannois où Pierre Keller organisait ses workshops : Keith Haring y dessina, David Bowie y grava.

  • Collection de l’Art BrutMuséeOuvrir le lieu →
    Collection de l’Art Brut

    Le musée lausannois de l’Art brut, réuni par Jean Dubuffet, dont David Bowie disait qu’il avait marqué sa vie et sa créativité.

  • Place de la PaludPlace et Hôtel de VilleOuvrir le lieu →
    Place de la Palud
    © Laurent Kaczor

    La place de l’Hôtel de Ville de Lausanne, où David Bowie épousa le mannequin Iman, le 24 avril 1992.

Musiques enregistrées à Montreux

1979

Lodger

Dernier volet de la trilogie de Bowie avec Brian Eno, enregistré en grande partie au Mountain Studios en 1978-1979. Bowie, résident de la région, y reviendra pour cinq autres albums.

1981

Under Pressure, Queen & David Bowie

Né d'une session improvisée au Mountain Studios en 1981, ce duo historique entre Queen et David Bowie, deux légendes intimement liées à Montreux, est devenu un numéro 1 mondial.

1983

Let’s Dance

L’un des plus grands succès de David Bowie est né à Montreux : il l’écrit et le maquette fin 1982 au Mountain Studios, avec Nile Rodgers de Chic. D’abord une esquisse folk à la guitare douze cordes, le morceau y trouve sa direction dance avant d’être finalisé à New York.

1993

Black Tie White Noise

Coproduit par Nile Rodgers (Chic, « Let's Dance ») et enregistré entre Montreux et New York, l'album du retour solo de Bowie après Tin Machine. Funk, jazz et modernité au bord du lac.

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