1976
Black and Blue
Les Stones furent les tout premiers clients du Mountain Studios : fin 1975, ils y peaufinent « Black and Blue », l'album des auditions de guitaristes d'où sortira Ronnie Wood.
Rock, pop & metal

Les Rolling Stones tiennent une place particulière dans l’histoire musicale de Montreux. Ils y firent, le 20 avril 1964, leur toute première apparition hors de Grande-Bretagne, pour la Rose d’Or. Ils revinrent répéter au Théâtre Rialto en 1972, puis terminèrent l’album « Black and Blue » au Mountain Studios en octobre 1975. Leur studio mobile, de son côté, avait permis à Deep Purple d’enregistrer « Machine Head » après l’incendie du Casino en 1971.
Le premier lien des Rolling Stones avec Montreux n’est pas leur camion, mais eux-mêmes, très jeunes. Le 20 avril 1964, quatre jours après la sortie de leur premier album, le groupe débarque à l’aéroport de Genève-Cointrin puis gagne le Casino de Montreux. C’est sa première apparition hors de Grande-Bretagne.
À leur arrivée à Genève-Cointrin, une caméra les saisit dans un moment de détente avec le chanteur londonien Kenny Lynch, qui voyage avec eux. Découvert l’année précédente, le groupe poursuit son ascension : son troisième single, « Not Fade Away », vient d’atteindre la troisième place des ventes britanniques.
Il vient y enregistrer une émission de la télévision britannique, « Ready, Steady, Go! », dans le cadre de la Rose d’Or, le festival international de télévision qui faisait alors de Montreux une capitale du petit écran. Le programme est diffusé le 24 avril : on y voit les Stones jouer « Not Fade Away » et « Carol ». « Mona » et « Route 66 » auraient aussi été enregistrées sans être retenues au montage (base de données des Rolling Stones).


Claude Nobs, qui organisait la soirée, racontait qu’il avait dû distribuer des billets pour remplir la salle, personne ne connaissant encore les Stones. La soirée fut laborieuse. Malgré des répétitions complètes, l’enregistrement en public s’enraya, et le public suisse, lassé d’attendre, se mit à scander des protestations, ce qui agaça les musiciens. L’émission ne put être captée d’un seul tenant qu’après minuit. « Si ça s’était reproduit une fois de plus, je serais descendu de scène cogner ces chahuteurs », déclara Mick Jagger.

Ces deux jours ont laissé plus d’images que de musique. Le groupe posa au bord du lac, sur le ponton du Casino, sous l’enseigne du Ski Nautique Club, et dans le parc de l’Hôtel Eden Palace au Lac.
C’est là, à l’Eden Palace, qu’a été prise la photographie qui fit la couverture du magazine anglais « Fabulous » du 11 juillet 1964, avec un reportage sur ce voyage suisse.

Le voyage a nourri toute l’imagerie du groupe cette année-là. La plupart des quarante cartes à collectionner Panini éditées en 1964 viennent de Montreux, de même que les photographies du premier recueil de chansons officiel du groupe et celles de l’« Album Of Songhits ».

Le Casino où ils jouèrent ce soir-là n’existe plus : c’est le bâtiment d’avant l’incendie de 1971. Vingt ans plus tard, Queen viendra à son tour se produire pour la Rose d’Or, au Petit Palais.
L’emplacement se reconnaît encore aujourd’hui : c’est celui qu’occupe Le Palais Oriental, sur le quai.
En mai 1972, les Rolling Stones reviennent à Montreux. Ils y répètent au Théâtre Rialto, à Territet, avant de traverser l’Atlantique pour la tournée nord-américaine qui restera connue sous le nom de « Stones Touring Party ». C’est aussi à Montreux, le 18 mai 1972, qu’ils reçoivent leurs disques d’or pour « Sticky Fingers ».
L’enjeu dépasse la musique : c’est leur premier retour sur le sol américain depuis Altamont, en 1969, et ils comptent bien y refaire leur image. « Exile on Main St. » vient de paraître et le succès est immense.
La séance a été filmée. On y voit le groupe improviser, sans morceau écrit à l’avance : Mick Taylor enchaîne de longs solos de guitare, Charlie Watts le suit à la batterie, et Mick Jagger, assis au piano, s’arrête de jouer pour l’écouter.
Jagger dira de Taylor, en 1995 : « Il jouait des lignes très fluides contre ma voix. Il était excitant, il était très beau, et ça me donnait quelque chose à suivre, sur quoi rebondir. Certains pensent que c’est la meilleure version du groupe qui ait existé. » (Far Out)
François Michel, ancien collaborateur de l’Office du Tourisme, se souvient d’avoir assisté à l’une de ces répétitions. Il l’a raconté à MyMontreux.ch : « Honnêtement, je ne connaissais pas vraiment ce groupe. Une amie de classe avait mentionné qu’ils répétaient dans ce cinéma, superbe avec son vieux rideau rouge bordeaux et son pourtour d’écran en stuc. Nous étions entrés sans problème et restés un moment à regarder et écouter. Il ne se passait pas grand-chose, quelques accords de guitare, Charlie Watts qui tapait de temps en temps sur sa batterie, puis nous étions partis. »
Quatre ans plus tard, le groupe vient en personne. Le Mountain Studios a ouvert dans le Casino reconstruit, fondé par la chanteuse et compositrice américaine Anita Kerr et l’homme d’affaires suisse Alex Grob, conçu par l’architecte de studios Tom Hidley.
Les Rolling Stones y travaillent du 19 au 30 octobre 1975 sur « Black and Blue ». Ils n’y enregistrent pas l’album, commencé à Munich en décembre 1974 et poursuivi à Rotterdam jusqu’en avril 1975, mais y réalisent les overdubs. C’est à Montreux que le disque prend sa forme, avant une dernière série de retouches à Munich en décembre. Il paraît le 23 avril 1976.
Ces bandes sont celles d’un groupe en pleine succession. Mick Taylor est parti en décembre 1974, et trois guitaristes ont joué sur les mêmes morceaux à Rotterdam : Harvey Mandel, Wayne Perkins et Ronnie Wood. Les séances de Montreux servent à départager ce matériel et à finir un album qui garde la trace des trois.
Le groupe figure parmi les tout premiers clients du studio, avec David Bowie, Yes, Rick Wakeman et Emerson, Lake & Palmer, une génération d’artistes britanniques attirés autant par la qualité du lieu que par la fiscalité suisse.
Le studio et la console que les Rolling Stones utilisèrent en 1975 se trouvent toujours dans le Casino. Ils forment aujourd’hui l’exposition Queen: The Studio Experience, du nom de son ancien propriétaire : Queen racheta le Mountain Studios en 1979.
Le groupe a aussi laissé une trace dans la vie nocturne de la Riviera. Dad Régné, décorateur et roi des discothèques lausannoises, avait installé une discothèque privée dans sa maison de la cité Dubochet, à Clarens, et y recevait les vedettes de passage sur le Léman.
Les Rolling Stones figurent parmi elles, aux côtés de Keith Haring, Thierry Le Luron, Julien Clerc, Véronique Sanson ou Grace Jones, d’après le portrait que 24 heures consacra à Dad Régné à sa mort, en février 2023. Aucune date précise n’est attachée à ces visites : elles appartiennent à ces années où la Riviera attirait la jet-set loin des projecteurs.

L'exposition gratuite dans les vrais Mountain Studios, où Queen enregistra sept albums entre 1978 et 1995.

Le palace vide où Deep Purple enregistra « Machine Head » en décembre 1971, dans un couloir tapissé de matelas.

Le bâtiment autour duquel tourne toute l’histoire musicale de Montreux : incendié en 1971, reconstruit, il abrite le studio de Queen et vit naître le festival.
Dans la cité de villas classée de Clarens, la demeure de Dad Régné, qui y recevait les stars de passage dans sa discothèque privée.

Le restaurant italien où Queen dînait et où Freddie Mercury avait sa table, la 19.

La maison persane du quai, où un tapis a lié son propriétaire à Freddie Mercury.

L’hôtel de la rue du Théâtre où logeait Keith Haring, face au chantier de son œuvre.

Le ponton devant le Casino, où les Rolling Stones puis Queen ont posé.

La salle de Territet où les Rolling Stones répétèrent en 1972 avant leur tournée américaine.
1976
Les Stones furent les tout premiers clients du Mountain Studios : fin 1975, ils y peaufinent « Black and Blue », l'album des auditions de guitaristes d'où sortira Ronnie Wood.